Kill or be killed


Kill or be killed

Scénario :   Ed Brubaker
Dessin : Sean Phillips
Genre : Policier, fantastique
Année : de 2018 à 2019
Edition :      Delcourt
Nombre de tomes : 4
Statut : Série terminée
Public : Pour adulte et adolescent

Kill or be killed tome 1 Kill or be killed tome 2 Kill or be killed tome 3
Kill or be killed tome 4

L'histoire
Après une tentative de suicide ratée, Dylan est sauvé par un démon, qui lui propose un marché. Il doit assassiner au moins un salopard par mois afin de gagner le droit de survivre. Et bien entendu, comme tout tueur, il va devoir pratiquer son premier assassinat, ce qui s’avère plus difficile que prévu… De plus, il se débat pour cacher ce secret qui met lentement sa vie en miette, ainsi que celle de ses proches.

Kill or be killed extrait 01

Mon avis
Si certaines ou certains doutaient encore des talents de narrateur d’Ed Brubaker, avec "Kill or be killed", ce scénariste nord-américain devrait mettre tout le monde d’accord. En plus, s’il est rejoint par son binôme Sean Phillips, dont le duo a déjà fait ses preuves sur la fameuse série "Criminal" ou encore "Fondu au noir" ("The fade out"), on est quasi certain de débuter une série d’exception. Et c’en est une ! "Kill or be killed" est une superbe synthèse moderne de la traditionnelle histoire du pauvre type qui se trouve à reprendre son destin en main et du mythe de Faust, de Goethe, dont les possibilités dramaturgiques n’ont pas fini d’être explorées.

"Kill or be killed" est raconté à la première personne. Et c’est son personnage principal qui tient le crachoir pour partager avec le lecteur ses doutes, ses peurs, ses réflexions, sans jamais que cela tombe dans un roman illustré, malgré la quantité importante de texte. De plus, Brubaker, utilise une petite technique classique mais payante, qui lui permet de renforcer le suspens durant toute l’histoire. En effet, le narrateur nous place régulièrement et spontanément, sans contextualisation, au coeur de scènes clés de sa mission de justicier masqué (des meurtres, des moments où sa vie est en danger). Puis il se ravise et revient en arrière afin de nous raconter les tenants et aboutissants qui l’ont mené à ces instants dramatiques dont nous avons été témoins, et qui se joueront quelques chapitres plus tard. De plus, il n’hésite pas à nous montrer les périls qui se préparent, instaurant une ironie dramatique sur deux niveaux : le personnage principal ne sait pas qu’il est en danger, le lecteur est au courant mais ne connait pas la vraie nature du danger, et le narrateur, qui est ce même personnage, connait tout ce qu’il va se passer (puisque c’est son passé) et nous tient ainsi en suspens.

De plus, Brubaker oppose la mission altruiste d’une sorte de super héros malgré lui face à la réalité du monde dans lequel nous vivons : comment trouvé des « méchants » ? Comment les choisir ? Comment les arrêter ? Une simple prise de king-fu ne suffit pas ! Comment se battre face à des armes ? Comment les tuer sans se faire remarquer ? Comment ne pas être retrouvé par la police ? Des questions auxquelles notre protagoniste va donc se heurter sans forcément trouver de réponse.

Bien sûr, l’auteur va plus loin, en confrontant le personnage principal à l’imminence de la mort (lui qui souhait pourtant la trouver) ; il le place face à d’autres questionnement bien plus profond quant au sens de sa propre vie, la manière dont il a grandi, ses parents, ses amis, ses amours, sa propre construction. L’auteur affirme également que nous sommes tous des criminels en puissance, et que face à l’imminence de notre propre trépas, nous sommes potentiellement prêts à tout. Certains pouvant même basculer dans cette sensation de pouvoir décider de qui peut vivre ou pas, tel un pouvoir galvanisant, mais avec lequel on se brule tôt ou tard. Qu’est-ce que prendre la vie d’un meurtrier, d’un violeur ou d’un dealer ? Nous qui pouvons donner la vie, possédons-nous un droit divin qui nous permettrait de juger qui doit mourir ? Qui a perdu sa place parmi les vivants ? Brubaker questionne évidemment sur la peine de mort, sa légitimité, et le prix qu’il en coûte pour celui qui exécute, plus que pour ceux qui condamnent. Il est si facile de condamner, mais c’est autre chose que baisser la manette et de regarder en face celui ou celle qui le mérite, s’il le mérite vraiment…

Les dessins de Sean Phillips sont nerveux, brutaux, et cinématographiques avec des planches qui parviennent à dégager toutes les dimensions torturées qui éclatent dans la tête du protagoniste principal de l’histoire. La maitrise également des saisons qui passent est très bien rendue, avec une mention spéciale pour l’hivers où la neige se mêle parfaitement bien au sang. Chaque personnage est bien caractérisé, ce qui permet, malgré une narration éclatée, de suivre clairement ce qu’il se passe. Et les peintures oniriques nous offrent quelques moments de luxures démoniaques de toute beauté.

Le fameux duo d’auteur Brubaker/Phillips ne faillit pas à sa réputation. "Kill or be killed" est une oeuvre qui met en lumière l’un des nombreux côtés sombres de l’être humain, le plaisir de pouvoir tuer sans entrave. Voici une histoire de super-héros sans le côté héroïque, sans pouvoirs et dons spéciaux, où le bien peut être très proche du mal, ou les « méchants » sont aussi les « bons », et inversement. Pour éradiquer le mal, il faut devenir le mal.

1 commentaire:

  1. merci pour le conseil. lu et oui, c'est top et sombre de chez sombre.preneur pour les mêms conseils et bravo pour le blog qui devrais etre plus vu encore;merci dani

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